Camus : La Peste : Fiche de lecture et résumé

La Peste est publié en 1947 et vaut à Albert Camus son premier grand succès de librairie : 161 000 exemplaires vendus dans les deux premières années. Ce roman s'est vendu, depuis, à plus de 5 millions d'exemplaires , toutes éditions françaises confondues.



La Peste est bâti comme une tragédie en cinq actes. L'action se situe en avril 194. à Oran, une ville "fermée" qui "tourne le dos à la mer".



Première partie

Oran, un jour d'avril 194. , le docteur Rieux découvre le cadavre d'un rat sur son palier. Le concierge, monsieur Michel, pense que ce sont des mauvais plaisants qui s'amusent à déposer ces cadavres de rats dans son immeuble. A midi, Rieux accompagne à la gare son épouse qui, malade, part se soigner dans une ville voisine. Quelques jours plus tard, une agence de presse annonce que plus de six mille rats ont été ramassés le jour même. L'angoisse s'accroît . Quelques personnes commencent à émettre quelques récriminations contre la municipalité. Puis , soudainement, le nombre de cadavres diminue, le rues retrouvent leur propreté, la ville se croit sauvée.

Monsieur Michel, le concierge de l'immeuble de Rieux, tombe malade . Le docteur Rieux essaye de le soigner. Sa maladie s'aggrave rapidement. Rieux ne peut rien faire pour le sauver. Le concierge succombe à un mal violent et mystérieux.

Rieux est sollicité par Grand, un employé de la mairie. Il vient d'empêcher un certain Cottard de se suicider. Les morts se multiplient. Rieux consulte ses confrères. Le vieux Castel, l'un d'eux, confirme ses soupçons : il s'agit bien de la peste. Après bien des réticences et des tracasseries administratives, Rieux parvient à ce que les autorités prennent conscience de l'épidémie et se décident à "fermer" la ville.



Deuxième partie

La ville s'installe peu à peu dans l'isolement. L'enfermement et la peur modifient les comportements collectifs et individuels : " la peste fut notre affaire à tous" , note le narrateur.

Les habitants doivent composer avec l'isolement aussi bien à l'extérieur de la ville qu'à l'intérieur. Ils éprouvent des difficultés à communiquer avec leurs parents ou leurs amis qui sont à l'extérieur. Fin juin, Rambert, un journaliste parisien séparé de sa compagne , demande en vain l'appui de Rieux pour regagner Paris. Cottard, qui avait, en avril, pour des raisons inconnues tenté de se suicider , semble éprouver une malsaine satisfaction dans le malheur de ses concitoyens. Les habitants d'Oran tentent de compenser les difficultés de la séquestration , en s'abandonnant à des plaisirs matériels. Grand , employé de la mairie, se concentre sur l'écriture d'un livre dont il réécrit sans cesse la première phrase. Le père Paneloux fait du fléau l'instrument du châtiment divin et appelle ses fidèles à méditer sur cette punition adressée à des hommes privés de tout esprit de charité.

Tarrou, fils d'un procureur et étranger à la ville, tient dans ses carnets sa propre chronique de l'épidémie . Lui ne croit qu'en l'homme . Il fait preuve d'un courage ordinaire et se met à disposition de Rieux pour organiser le service sanitaire. Rambert les rejoint.



Troisième partie

C'est l'été, la tension monte et l'épidémie redouble. Il y a tellement de victimes qu'il faut à la hâte les jeter dans la fosse commune , comme des animaux. La ville est obligée de réprimer des soulèvements et les pillages. Les habitants semblent résignés . Ils donnent l'impression d'avoir perdu leurs souvenirs et leur espoir . Ils n'ont plus d'illusion et se contentent d'attendre...



Quatrième partie

Cette partie se déroule de septembre à décembre. Rambert a eu l'opportunité de quitter la ville , mais il renonce à partir. Il est décidé à lutter jusqu'au bout aux côtés de Rieux et de Tarrou. L'agonie d'un jeune enfant, le fils du juge Othon et les souffrances qu'éprouvent ce jeune innocent ébranlent Rieux et troublent les certitudes de l'abbé Paneloux. L'abbé se retranche dans la solitude de sa foi, et meurt sans avoir sollicité de médecin, en serrant fiévreusement contre lui un crucifix. Tarrou et Rieux , connaissent un moment de communion amicale en prenant un bain d'automne dans la mer . A Noël, Grand tombe malade et on le croit perdu. Mais , il guérit sous l'effet d'un nouveau sérum. Des rats, réapparaissent à nouveau, vivants.



Cinquième partie

C'est le mois de janvier et le fléau régresse. Il fait pourtant de dernières victimes : Othon, puis Tarrou qui meurt, serein au domicile de Rieux . Il confie ses carnets au docteur. Depuis que l'on a annoncé la régression du mal, l'attitude de Cottard a changé. Il est arrêté par la police après une crise de démence

Un télégramme arrive chez Rieux : sa femme est morte.

A l'aube d'une belle matinée de février, les portes de la ville s'ouvrent enfin . Les habitants, libérés savourent mais ils n'oublient pas cette épreuve "qui les a confrontés à l'absurdité de leur existence et à la précarité de la condition humaine."

On apprend l'identité du narrateur : C'est Rieux qui a voulu relater ces événements avec la plus grande objectivité possible. Il sait que le virus de la peste peut revenir un jour et appelle à la vigilance
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# Posté le vendredi 01 août 2008 14:57

Camus (Albert) : La Chute

Résumé de la Chute

Ce récit d'Albert Camus a été publié à Paris chez Gallimard en 1956. Il est découpé en 6 parties non numérotées.

C'est la dernière ½uvre achevée par Camus. Un an plus tard, il recevra le prix nobel de littérature. Albert Camus est mort en 1960.



Résumé



Première journée

Jean-Baptiste Clamence aborde un compatriote dans un bar douteux d'Amsterdam, le Mexico-City. Il lui propose de lui servir d'interprète auprès du barman. Il se présente et indique qu'il est "juge-pénitent". Nous apprendrons plus tard que cette étrange profession consiste à s'accuser soi-même afin de pouvoir ensuite être juge. Clamence raccompagne son interlocuteur. En traversant le quartier juif, il évoque les horreurs de la guerre et les crimes des nazis. Il lui parle aussi de la Hollande, terre de songe et d'histoire, " pays de marchands et de rêveurs ". Clamence quitte son interlocuteur devant un pont : il s'est juré de ne plus jamais franchir un pont la nuit. Il donne rendez-vous à son interlocuteur pour le lendemain.


Deuxième journée

Clamence évoque son passé. Il raconte à son interlocuteur comment, jadis avocat à Paris, il mena une brillante carrière. Il était respecté de tous et épris des nobles causes. Il était heureux. Il avait également une haute opinion de lui-même . Il se sentait au dessus des autres et du jugement du commun des mortels. En parfait accord avec lui-même et avec les autres , " sa vie était une fête, et il était heureux "

Un soir d'automne, Clamence entendit, sur un pont de Paris, un rire mystérieux. Il rentre chez lui, contrarié. Lorsqu'il se regarde dans le miroir, son sourire lui semble double.




Troisième journée

Clamence continue sa confession. Ce rire sur le pont lui a ouvert les yeux sur sa vanité. Cette prise de conscience de son orgueil a été confirmé une autre fois, lorsqu'il s'en est pris violemment à un automobiliste. Il s'est rendu compte par la même occasion que ses relations avec les femmes étaient elles aussi régies par cette vanité. Puis cette remise en cause lui a permis de se rappeler que deux ou trois ans auparavant, il avait vu, un soir, une jeune femme se jeter dans la Seine. Comme paralysé par le froid, il n'a rien fait pour la sauver et a poursuivi son chemin.


Quatrième journée

La confession se poursuit dans une île du Zuyderzee. Ayant découvert sa propre duplicité, Clamence a essayé de rechercher l'amour de ses contemporains, mais il ne s'est heurté qu'à leur jugement péremptoire. Se rendant compte que tout n'était que comédie, il n'eut alors comme objectif que de dévoiler la duplicité humaine et se mit à tout tourner en dérision . Il s'est alors ingénié à se rendre odieux pour casser l'image d'honnête homme qu'on avait de lui. Après cette période stérile, il éprouva encore plus durement la souffrance qui le hantait.



Le même jour ( quelque temps après )

Sur le bateau qui le ramène à Amsterdam, Clamence évoque avec nostalgie la beauté et la pureté de la Grèce, puis revient à son récit. Il a essayé de trouver l'amour, mais en vain. Ec½uré , il se livra alors à la débauche, puis sombra dans le " mal confort " , avant d'admettre sa culpabilité et de se convaincre que tous les hommes sont coupables. Le Christ lui-même a donné l'exemple en mourrant sur la croix pour une faute , le massacre des enfants de Judée, dont il se sentait obscurément coupable.


Cinquième journée

Clamence, malade, reçoit son compagnon dans sa chambre. Il a la fièvre et est au lit. Il raconte à son interlocuteur comment, pendant la guerre, alors qu'il était prisonnier, il avait volé de l'eau à un compagnon agonisant. A présent, dans le placard de sa chambre, il a caché un tableau , les juges intègres de Van Eyck , que recherchent toutes les polices du monde. Il a l'espoir que ce recel lui vaudra un jour d'être arrêté. Il explique enfin en quoi consiste son métier de juge-pénitent : il se confesse aux autres des fautes que chacun peut avoir commises , puis il implique peu à peu son interlocuteur et pour finir, retourne le miroir afin que chacun puisse s'accuser à son tour. Il est donc d'abord pénitent, puis devient juge et se libère. Malgré sa fièvre, il souhaite se lever pour aller voir tomber la neige ; ce qu'il fait , puis se recouche. Chaque fois qu'il aborde un "client", il espère que ce sera un policier venu l'arrêter pour le recel du tableau. cette fois encore, il avait l'espoir. Mais l'inconnu abordé dans ce bar d'Amsterdam se trouve être, un avocat parisien, comme lui...
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# Posté le vendredi 01 août 2008 15:00

Carrière (Jean-Claude) : La controverse de Valladolid : Résumé

Avril 1550. Le légat du Pape organise un débat majeur : les Indiens d'Amérique appartiennent-ils ou non à l'espèce humaine ?

Sont-ils ou non des créatures de Dieu ?

Deux hommes s'affrontent. Un frère dominicain charitable et humaniste, et un théologien, grand intellectuel de son temps, disciple d'Aristote et qui légitime la classification de l'espèce humaine en races supérieures et inférieures. Dénonciation du racisme, de la bêtise humaine, de la cruauté, de la folie de dominer, du profit par l'exploitation du plus faible...

L'enfer de l'inhumanité est toujours à la mode. Pensons aux appels actuels à la « guerre sainte ».

Depuis leur apparition et en dépit des progrès moraux, les religions peuvent engendrer et cautionner toutes sortes d'exactions, jusqu'au crime contre l'humanité.

Au-delà du débat théologique de façade, la pièce tente de démontrer comment une pensée prétendument spiritualiste se retrouve asservie aux pulsions les plus primitives qui agitent l'humain : violence, domination, goût effréné de la propriété, etc.

Il n'est question, en fin de compte, que de l'assujettissement des peuples aux intérêts économiques du monde occidental ...

Le pire de cette idéologie de la religiosité (fait de respecter les règles de sa religion) est qu'elle agit à l'insu du plus grand nombre, poussant les peuples à adhérer spontanément à l'opinion dominante qui les manipule et dont ils sont, en fait, les victimes. En effet la notion religieuse est à ce point ancrée (sacralisée) dans nos sociétés qu'elle contamine nos réflexes de façon inconsciente, agissant comme une sorte de paravent moral derrière lequel il nous est impossible de voir l'autre face de la vérité. Le fait est que tout discours idéaliste peut contribuer tôt ou tard à déguiser en ange la bête que nous sommes. Le mérite de ''La Controverse de Valladolid'' est de faire tomber le masque.

Tant que les consciences ne seront pas pénétrées par le doute, tant que l'idéologie ne sera pas mise à la question, l'humaniste Las Casas sera toujours, au bout du compte, bafoué par le machiavélisme de Sepulveda...

Nous ne devons pas confondre la vérité religieuse authentique et son interprétation tendancieuse surtout lorsqu'elle habille nos peurs de la différence ou nos pulsions possessives. N'oublions pas aussi que Jean-Claude Carrière a collaboré pendant dix-neuf ans avec Luis Buñuel et qu'il a pu contracter son anticléricalisme ou plutôt sa vision des pulsions humaines dominées et paralysées par le poids de la répression religieuse et politique... Je relève une analyse marxiste pour laquelle les faits culturels ne sont que l'habillage et la caution d'une domination économique. Cette ½uvre met aussi à sa manière en lumière l'ambiguïté de l'Église : société humaine avec une organisation et des institutions qui la caractérisent y compris ses erreurs historiques (croisades, colonisation, prosélytisme...) ou réalité divine, lieu où Dieu est présent et agit dans le monde à travers des actions humaines. A ce sujet, notons que le précédent pape Jean-Paul II a demandé pardon pour les fautes commises par ses membres au cours des siècles passés, par exemple les exactions des croisés contre leurs frères orthodoxes à Constantinople. Cette démarche est restée unique parmi les grandes religions révélées. Enfin signalons qu'il est toujours intellectuellement dangereux, voire malhonnête, de juger les siècles passés à la lumière de nos conceptions actuelles.


La controverse de Valladolid : la morale (chap. 15)

Ce dernier chapitre est évidemment conclusif et a valeur de morale, comme dans tout apologue. Il semblerait que ce récit nous donne plusieurs enseignements :

- d'abord cet extrait valide l'argumentation de Las Casas puisque celui-ci emporte la controverse : les Indiens sont des hommes à part entière ; Carrière montre ainsi que la philosophie (ici humaniste) permet aux m½urs de progresser : c'est par des décisions politiques que l'on peut améliorer le sort des hommes ;

- ensuite ce passage montre la supériorité des intérêts économiques sur les intérêts des hommes ; malgré les bons sentiments annoncés, c'est l'ethnocentrisme qui l'emporte : la bonne santé de l'économie européenne a plus de valeur que les conditions de vie des Africains ;

- enfin, cette fin (mais n'est-ce pas un nouveau commencement) met en exergue la tendance humaine à hiérarchiser les êtres : à peine a-t-on reconnu l'égalité aux uns, que l'on assoit sa domination sur les autres.

Bien que le cardinal fasse comprendre que "la controverse est terminée", on sent bien que c'est le début d'une autre. Ce récit a bien une valeur générale : les intérêts économiques et l'ethnocentrisme feront que toujours des hommes chercheront à en exploiter d'autres, et toujours des philosophes tenteront de combattre ces pratiques. Ce que les humanistes ont fait avec les Indiens, les philosophes des Lumières l'ont fait avec les esclaves Noirs. Mais il reste des combats, et Carrière se place résolument dans la lignée des philosophes humanistes.



On peut aussi analyser ce chapitre comme un compte-rendu d'audience en forme de récit à la structure linéaire : une apparente conclusion qui comprend le dernier combat de Sepulveda, un retournement de situation qui vide de son sens le jugement rendu et qui se révèle lourd de conséquence pour l'avenir, enfin une image finale très symbolique. Cette structure ternaire révèle son aspect construit. C'est un peu dans son genre le parcours dialectique : thèse, antithèse, synthèse, sauf qu'ici, de manière moins classique, la synthèse se construit à partir de l'antithèse.

Dans un premier temps, nous assistons à une fin bâclée, en catimini : fin des tensions, souci de l'apparence (ne pas trébucher), respect de l'étiquette (claquoir, attente du calme) plus que de la solennité de la conclusion, déception d'en finir rapidement (oubli de la prière, le cardinal se relève soudainement, narration au présent : style de journaliste). Cette première phase conclusive ne présente rien que de très banal et de très prévisible. Elle comprend le dernier combat de Sepulveda pour la forme : le philosophe essaie de faire comprendre au prélat que ce n'est pas le débat théologique qui était important, mais la conservation du pouvoir et la préservation des intérêts économiques. Alors qu'il se retrouve bredouille et qu'il accepte définitivement sa défaite intellectuelle, (son ½uvre n'a pas obtenu l'imprimatur, c'est-à-dire l'autorisation d'imprimer par l'autorité ecclésiastique, autrement dit sa thèse n'est pas jugée conforme à la doctrine de l'église), il mène une attaque trop frontale qui lui vaut une volée de bois vert. Cependant il relance sans le savoir le débat et prépare le terrain pour d'autres que lui, des notables et non des intellectuels. A noter dans la passe d'armes du cardinal, un développement symbolique autour de l'antithèse évangélique entre « gagner sa vie » et la perdre avec le jeu de mots induit entre obtenir son salut et assurer sa vie matérielle. Mais le cardinal hésite à clore le débat alors qu'il cherche à donner l'impression que son jugement est arrêté et réfléchi. Il prononce quelques expressions solennelles propres à le rassurer : « ne pas avoir réfléchi ... mesuré ma charge ... prié ... je ne me rende compte de tout ce que j'engage, qui ne sera plus jamais comme avant ... Dieu aurait pu m'abandonner ... ? » Notons les interrogations oratoires destinées à impressionner son adversaire ainsi que la définitive semonce acide « Professeur, avez-vous encore quelque leçon à me délivrer ? » qui veut dire « je ne suis pas votre élève » mais aussi qui met en doute l'aptitude du philosophe à sortir de la théorie pour s'aventurer dans le concret. Pourtant Sepulveda, perspicace, a noté un malaise perçu aussi par le cardinal qui voudrait finir sur une aléatoire paix consensuelle.

Dans un deuxième temps se prépare un retournement de situation. Cette fin à rebondissement est destinée à frapper le lecteur : le supérieur vient offrir au cardinal une échappatoire habile alors que la salle est agitée et n'est pas prête à entendre le jugement. Serait-ce, un jugement à la Salomon, à la sagesse inspirée par Dieu et capable de réconcilier les contraires ? selon les propres termes du supérieur. Le conciliabule à voix basse qui suit nous dit assez que, pour l'auteur, cette tentative ultime est bassement humaine. S'installe une attente destinée à préparer les esprits et à marquer l'importance de la déclaration. Même Las Casas arrête de ranger ses papiers, c'est le signe que la controverse n'est pas achevée. L'argumentation du prélat est un modèle de casuistique (partie de la théologie morale qui s'occupe des cas de conscience). C'est une méthode permettant de résoudre les cas de conscience en appliquant des principes moraux ou des lois à des cas concrets. Ici l'auteur rejoint le philosophe français Blaise Pascal, auteur des Provinciales (1656-1657), dans lesquelles il attaquait les jésuites, en particulier la morale laxiste dont ils faisaient preuve dans leur casuistique. Ici, le cardinal réussit à vider de son sens sa première position en la relativisant au nom d'une situation concrète, celle de la colonisation. La dignité de la nature humaine n'est plus un absolu, elle se mesure à la culture que peut produire un peuple ou une race. Arbitrairement, le prélat décrète que les noirs sont privés d'intelligence et en déduit que la force animale qui les caractérise les destine tout naturellement aux travaux serviles. Voilà des propositions que « tous sont prêts à accepter ». La suite est une arithmétique inhumaine : le légat recommande la déportation des Africains avec modération. Il substitue une approche quantitative à une appréciation qualitative. L'homme africain est ainsi ravalé au rang des objets et des biens marchands. Voltaire avait utilisé un semblable procédé mais pour dénoncer l'absurdité de la guerre dans le chapitre 3 de Candide. Notre étonnement et notre horreur sont à leur comble quand le cardinal défend l'esclavage au nom de « la sauvegarde de l'espèce humaine de catégorie supérieure, la seule qui compte aux yeux du Créateur ». Même Sepulveda paraît interloqué. L'auteur nous montre une Église infidèle à ses principes, la force de l'idéologie. Las Casas intervient à nouveau, non sur le principe intangible de la dignité humaine, mais curieusement sur les conséquences purement humaines d'une nature viciée par le goût du lucre. Nous avons l'impression que Las Casas ne veut pas affronter le pouvoir royal qui a autorisé à regret le commerce des esclaves. Il reste dans son domaine d'action et cherche à donner mauvaise conscience au dignitaire ecclésiastique. Plus curieusement encore Sepulveda vient au secours de son adversaire parce que l'intellectuel qu'il est est dérouté par cette « idée imprévue ». Le légat emploie alors un argument ad hominem pour déstabiliser les dernières velléités de résistance de son adversaire. Des principes, on est vite redescendu aux insinuations personnelles qui disqualifient. Las Casas a eu un esclave noir, il en a été satisfait, il aurait même défendu cette solution pour protéger ses « frères indiens ». Peu importent alors ses regrets, sa confession publique, son acte de foi ultime dans l'humanité des Africains ; l'affaire est entendue et le légat s'empresse de clore les débats. Le sujet actuel n'appartient pas à la controverse. Le légat va régler astucieusement l'affaire par un artifice de procédure : le codicille (addition ou changement dans un testament). Cet ajout va vider le jugement de son sens et transformer l'apparente victoire de Las Casas en défaite. Ce dernier abandonne, taraudé par la mauvaise conscience. Le combat n'est jamais achevé. La controverse s'achève sur une bénédiction, comme si l'assemblée avait besoin de la caution divine. Le cardinal est « souriant » et satisfait. Jean-Claude Carrière nous a livré un récit sous forme d'enseignement : c'est un apologue qui expose une analyse presque marxiste, il dénonce une alliance objective de classe plus forte que les croyances : le dignitaire ecclésiastique est plus proche des grands seigneurs et du pouvoir royal que du frère dominicain tandis que Las Casas et le franciscain se sentent frères des plus pauvres même s'ils ne partagent pas leur foi.

Le dernier temps du chapitre est une image forte, hautement symbolique dans la ligne de l'analyse précédente. C'est un enseignement d'actualité : un balayeur noir soumis, servile, exerçant une activité dont ne veulent plus les hommes supérieurs occidentaux, comme les services d'entretien dans le métro parisien ou dans nos grandes agglomérations. Il balaie les restes du serpent à plumes, c'est-à-dire la divinité des indiens. Leur affaire a été réglée, elle n'intéresse plus. Commence le grand drame de la déportation massive des populations noires.
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# Posté le vendredi 01 août 2008 15:00

Celine (Louis Ferdinand ) : Voyage au bout de la nuit : Résumé

Résumé du roman

Paris, place de Clichy, 1914. Envoûté par la musique d'une parade militaire, Ferdinand Bardamu, jeune rebelle, décide, par excès d'héroïsme, de s'engager dans la guerre contre les Allemands. Mais au front, c'est l'enfer et l'absurdité. Il perd vite son enthousiasme et découvre avec épouvante les horreurs de la guerre. Il ne comprend plus pourquoi il doit tirer sur les Allemands. Il prend aussi conscience de sa propre lâcheté.

On lui confie une mission de reconnaissance. Lors d'une nuit d'errance, il rencontre un réserviste nommé Robinson qui cherche à déserter. Ils envisagent de s'enfuir, mais leur tentative échoue. Blessé, traumatisé à jamais par la guerre, Bardamu revient à Paris pour être soigné. On lui remet une médaille militaire. Lors de cette cérémonie, il fait la connaissance de Lola, une jeune et jolie infirmière américaine. Bardamu est soigné dans différents hôpitaux. Il prend conscience des avantages et profits que tirent de la guerre tous ceux qui y ont échappé.

Lola, compagne futile et légère, le quitte. Il rencontre alors Musyne, une jeune violoniste. Ils ont une aventure, mais, un jour de bombardement, elle l'abandonne.

Réformé, Bardamu décide de partir pour l'Afrique. Il y découvre les horreurs de l'exploitation coloniale. Il retrouve Robinson, rencontré sur les champs de bataille, et lui succède en reprenant la gérance d'un comptoir commercial. Il tombe malade et connaît des crises de délire.

Il quitte l'Afrique à demi-mort à bord d'un bâtiment espagnol qui a tout d'une galère. Ce bateau l'emmène jusqu'à New-York . Dès son arrivée, il est placé en quarantaine . Dans cette ville à laquelle, il a tant rêvé, il ne connaît que solitude et pauvreté. Il part à Détroit pour y travailler. Il rencontre Molly, une prostituée généreuse qui le délivre de l'enfer de l'usine Ford . Molly aime Bardamu , l'entretient et lui propose de partager son bonheur. Mais son désir d'explorer plus avant l'existence le pousse à renoncer à cette femme généreuse. Il quitte les Etats-Unis et revient à Paris. Il rentre le c½ur gonflé et meurtri par toutes ces expériences.

Devenu médecin , mais menant une existence toujours aussi misérable, il s'installe à Rancy, banlieue triste et pauvre. Il y découvre les côtés les plus répugnants et les plus désespérants de la condition humaine. Il assiste impuissant à la mort de Bébert, un petit garçon qu'il aimait bien et que la science ne peut sauver. Puis il se retrouvé mêlé à une sordide histoire. Une famille de sa clientèle, les Henrouille, souhaitent se débarrasser de leur mère âgée. Ils font appel à Robinson qui accepte de tuer la vieille dame pour dix mille francs. Mais par maladresse, Robinson échoue et se blesse. Il perd provisoirement la vue. Bardamu soigne Robinson qui part ensuite s'exiler à Toulouse en compagnie de la mère Henrouille, sa victime rescapée.

Bardamu quitte Rançy et abandonne la médecine. Il devient figurant dans un spectacle de danse. Il se rend ensuite à Toulouse et retrouve Robinson. Il fait la connaissance de Madelon , sa fiancée et devient son amant. Il fait visiter avec la mère Henrouille un caveau plein de cadavres à des touristes. Mais la vieille dame tombe dans l'escalier, vraisemblablement poussée par Bardamu, et se tue. Robinson incite son compère à regagner Paris.

Il est engagé comme médecin dans un établissement psychiatrique dont le patron est le docteur Baryton. Les deux hommes sympathisent.

Rapidement, Baryton sombre dans la folie et annonce à Bardamu sa décision de partir : " je vais renaître, Ferdinand." Il confie à Bardamu la direction de la clinique. Robinson reparaît au grand regret de son ami. Il a recouvré la vue et a quitté Madelon. Bardamu le cache dans sa clinique pour le soustraire à Madelon qui, amoureuse, le poursuit. Sophie, une superbe infirmière slovaque, qui est devenue la maîtresse de Bardamu, prêche pour la réconciliation entre Robinson et Madelon. Bardamu propose une sortie à la fête des Batignolles afin de réconcilier tout le monde. Robinson refuse les avances de Madelon dans le taxi et avoue son dégoût des grands sentiments Madelon le tue de trois coups de revolver. Après l'agonie de Robinson, Bardamu se retrouve seul en bordure d'un canal. Un remorqueur siffle au loin comme s'il souhaitait emmener avec lui tout ce qui existe : " tout , qu'on n'en parle plus."
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# Posté le vendredi 01 août 2008 15:01

Chateaubriand : Le Génie du Christianisme : Résumé

Le Génie du Christianisme de Chateaubriand




C'est selon Chateaubriand lui-même un double deuil (la mort de sa mère et de sa s½ur en 1798) qui l'incite à écrire le Génie du Christianisme ou Beautés de la Religion chrétienne.

Lorsqu'en 1799, Chateaubriand commence la rédaction du Génie du Christianisme, il réside en Angleterre. Alors que deux ans auparavant (1797), il avait publié Essai sur les révolutions , un texte qui réduisait le christianisme à un simple fait historique et social, avec le Génie du Christianisme, il opère une étonnante conversion ( " J'ai pleuré et j'ai cru..."); un livre également marqué du sceau du remords " Un livre écrit en expiation de l'Essai".

Le Génie du Christianisme parait en France en 1802, juste après la réconciliation entre l'Eglise et l'Etat, et à un moment ou la France sort du chaos révolutionnaire et aspire à un renouveau religieux. Ce livre remporte un immense succès, l'auteur ayant su capter les aspirations et la sensibilité de cette période.

Le Génie du Christianisme célèbre le christianisme, mais contient également une réflexion politique et morale. Chateaubriand souhaite apporter la démonstration que la religion chrétienne, est " la plus poétique, la plus humaine, la plus favorable à la liberté, aux arts et aux lettres ", et est aussi un facteur de progrès.

Cet essai comprend quatre parties :



1ère partie : Dogmes et doctrines

Chateaubriand y expose la beauté des dogmes, des sacrements, des vertus théologales, des textes sacrés, et des mystères de la religion chrétienne . Il y dresse un tableau de l'univers chrétien et essaie de prouver l'existence de Dieu au travers de l'harmonie du monde et des merveilles de la nature.




2ème partie : Poétique du Christianisme
Il donne ici une explication des effets et de l'influence de la foi chrétienne sur l'inspiration poétique. Il compare la littérature ayant subi l'influence du christianisme à celle de la littérature antique et en conclut qu'aucune religion n'a aussi profondément pénétré les mystères de l'âme humaine, ni aussi fortement senti les beautés de l'univers.



3ème partie : Beaux-arts et littérature
Chateaubriand évoque l'influence du christianisme sur le développement de l'architecture (églises gothiques, cathédrales) , la peinture ( les thèmes chrétiens qu'elle a représentés, tel le sacrifice d'Abraham) . Il montre également comment elle a influé sur les travaux des savants, des philosophes, des historiens. Il cite comme exemple le génie de Pascal, l'éloquence de Bossuet, La Bruyère et Fénelon. Il termine cette partie par une réflexion sur le rapport entre nature, religion et passion.


4ème partie : Culte

Cette dernière partie est un aperçu historique des traditions , des cultes et des cérémonies de la religion chrétienne . Chateaubriand y évoque la sonnerie de cloches, la décoration des édifices religieux, la solennité des offices.

Né sur les ruines de l'empire romain, le Christianisme a été un puissant élément de la civilisation ; un moment, il a été mis en danger en raison de la brutalité des hommes. Pour Chateaubriand il "sortira triomphant de l'épreuve qui vient de le purifier".

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# Posté le vendredi 01 août 2008 15:05